Pr Stanislas de Seze

Stanislas de SEZE est né à Paris, issu d’une longue lignée de médecins, dont le frère du défenseur de Louis XVI qui a laissé son nom à une rue de Paris. Après de brillantes études secondaires, et après avoir un temps hésité à entrer en religion, il comprit rapidement que ses dons trouveraient à s’épanouir dans la pratique médicale. Vite reçu à l’externat, puis à l’internat en 1926, il fut successivement élève de CROUZON, de TIXIER, de HALBRON et de LOEPER. C’est avec ce dernier qu’il fit toute une série de travaux cliniques et expérimentaux dont sa thèse sur les conséquences neurologiques centrales des embolies. Mais c’est véritablement lorsqu’il devint l’interne , puis le chef de clinique de GUILLAIN à la Salpêtrière que se dessina sa vocation neurologique. Sa première publication consacrée à la sciatique, sous la direction de son maître concernait les compressions du sciatique poplité externe au col du péroné telle qu’il l’avait observée chez le modèle de la statue de Montaigne , qu’on peut toujours voir, les genoux croisés en face de l’entrée de la Sorbonne. GUILLAIN perçut rapidement les qualités exceptionnelles de son élève et le fit nommer Médecin des Hôpitaux et Agrégé de Neurologie. Mais la naissance de sa vocation rhumatologique qui l’éloigna des centres d’intérêt de la Salpêtrière est due à un concours de circonstances très particulières. Cherchant à arrondir des fins de mois difficiles et alors que sa famille s’accroissait rapidement, il occupa des vacations à l’Hôpital des Médaillés Militaires où consultaient de nombreux survivants de la Grande Guerre souffrant de rhumatismes et notamment de lombosciatiques.
Comme Stanislas de SEZE avait publié une petite note sur les infiltrations de Novocaïne dans les radiculalgies, Henri DAUSSET, consultant de l’Hôpital et qui dirigeait une petite revue, à vrai dire confidentielle ,La revue du Rhumatisme, lui demanda un article plus détaillé pour la revue. L’article eut un gros succès dont le journal bénéficia. Et Henri DAUSSET qui se savait gravement malade demanda à Stanislas de SEZE d’en prendre la direction après sa mort. Il eut l’accord de ses fils , et c’est ainsi que le consultant de neurologie devint tout à la fois rédacteur en Chef de la Revue du Rhumatisme et rhumatologue. Il garda le fils d’Henri DAUSSET comme secrétaire de rédaction et c’est ainsi que Jean DAUSSET , futur prix Nobel, fut un temps, lui aussi, rhumatologue. Avec le sérieux qui l’a toujours caractérisé, Stanislas de SEZE approfondit, notamment en anatomie, ses connaissances sur la sciatique.
La hernie discale était connue depuis 1930, grâce notamment aux travaux d’ALAJOUANINE, PETIT-DUTAILLIS et MAURIC en France, de W.J.MIXTER et J.S. BARR aux Etats Unis. Elle était tenue pour une cause rare des radiculalgies. Or un jour de 1938 , écoutant une conférence de PETIT-DUTAILLIS détaillant les arguments pour rapporter -rarement- une radiculalgie à la protrusion du disque, Stanislas de SEZE eut une illumination brutale . Les signes décrits par le neurochirurgien se retrouvaient avec constance dans les sciatiques dites banales, rapportées jusque là à des causes diverses d’ailleurs mal précisées. D’un seul coup, Stanislas de SEZE le comprit, et il est remarquable que sa publication princeps- pourtant écrite et publiée pendant « la drôle de guerre » (décembre 1939) fut immédiatement appréciée et lui assura d’emblée une reconnaissance nationale et internationale que la guerre n’empêcha pas . Pendant les heures difficiles de l’Occupation -où sa conduite fut irréprochable – il approfondit ses études sur la sciatique, à l’Hôpital Provisoire de la Cité Universitaire . A la Libération, il fut nommé à la consultation puis au Service de Rhumatologie de l’Hôpital Lariboisière où il prit sa retraite en 1975 et où il est décédé. Il continuait à développer la Revue du Rhumatisme, le plus ancien journal rhumatologique du monde et assista, après sa retraite, avec joie à son expansion nationale et internationale.
Stanislas de SEZE était un enseignant hors pair et qui considérait que c’était à la fois un devoir et un plaisir. Que ce soit pour les jeunes étudiants ou pour des praticiens chevronnés, il multiplia les initiatives et les documents: cours, lectures de clichés, conférences en France et à l’étranger, livres notamment Maladies des Os et des Articulations écrit et coordonné avec Antoine RYCKEWAERT et qui resta longtemps la Bible de la spécialité occupèrent ses journées et souvent ses loisirs. Il fut l’inspirateur de volumes de base et d’initiation à la spécialité, mais aussi des Actualités Rhumatologiques, une session et un volume annuel depuis 1964 qui perdurent et qu’il a présidées jusqu’à 90 ans avec pertinence et gaieté! Il sut également donner à son service un rayonnement remarquable. Sa clientèle privée – où il excellait – lui apporta – sous la forme d’un legs important de la part d’un de ses patients – une aide inattendue. Après avoir étudié en Europe les structures qu’il souhaitait développer, il mit sur pied le Centre Viggo Petersen qui combinait avant la lettre les triples fonctions de soins (grâce à un fonctionnement plein temps), l’enseignement et la recherche. Des dizaines de collaborateurs – dont beaucoup sont devenus à leur tour des maîtres – s’y succédèrent et s’y établirent.
Il comprit qu’il lui fallait développer la recherche et pas seulement dans le domaine dit mécanique, avec des études cliniques et anatomiques sur la hanche, l’épaule, et bien sûr le rachis. Le cliché dit, de de Sèze de la colonne lombaire reste un éponyme toujours utilisé. Mais aussi, avec son fidèle ami André LICHTWITZ, il mit sur pied sous la forme d’une unité INH, puis INSERM une structure d’étude du métabolisme phosphocalcique et de l’os. Puis, suivant l’évolution des connaissances, d’un laboratoire de recherche en Immunologie. Toutes ces structures sont restées actives. Radiologues et chirurgiens orthopédistes étaient associés à ses travaux. Il est l’auteur de plus de 1000 publications scientifiques dont beaucoup sont originales et toujours citées.
Il prit toujours beaucoup de soins à collaborer avec « la Médicale ». Dès 1927, avec G. COUZON et L.JUSTIN-BESANCON, il y publia sur un cas de polynévrite et il y a peu d’années, jusqu’à sa retraite ,où il ne réserva pas une présentation à notre Société. Il est juste donc que la Société Médicale des Hôpitaux de Paris l’ait appelé à sa présidence en 1977. Elu à l’Académie de Médecine, il en fut également le Président comme il fut, bien sûr, celui de la Société française de Rhumatologie. Mais il trouvait piquant, à côté de son élection à de nombreuses sociétés savantes étrangères, d’avoir été élu membre d’honneur de l’American College of Rheumatology, seul parmi ses membres à ne pas parler anglais !
Il faut bien sûr dire un mot de l’homme : charmeur, cultivé , épicurien mais profondément croyant , aimant littérature, histoire, musique et arts plastiques, c’était un merveilleux dessinateur et photographe. Il fut le patriarche d’une imposante famille puisqu’il était fier de rappeler qu’il avait 140 descendants en ligne directe et parmi eux un fils, une fille et un petit-fils qui ont repris le flambeau de la rhumatologie qui lui doit tant.
Sa famille l’a chaleureusement entouré ses dernières années et jusqu’à ses dernières heures. Ses patients, ses élèves, et ses collaborateurs de tous grades et de toutes fonctions, trop nombreux pour qu’on puisse tous les citer, eurent pour lui une affection sincère. C’était l’inverse d’un mandarin à l’esprit étroit, et la diversité de ceux qui l’entouraient et auxquels il faisait pleine confiance en témoigne.
Ce grand Patron – au sens noble du mot – a été, en France, l’un des esprits médicaux les plus brillants de notre siècle. Il a bien servi la Médecine- et tous ceux qui l’ont entouré.

Professeur Marcel-Francis KAHN