Pr. Gabriel Blancher

Gabriel Blancher est né à Larochefoucauld en Charente le 24 Décembre 1923 au hasard de la vie professionnelle de son père.

Il est en réalité de souche limousine, témoignant en toute circonstance affection et attachement à ses ancêtres. Dès sa petite enfance il vit à Limoges. Après le cycle primaire il rentre au lycée Gay Lussac pour un parcours d’études secondaires sans faute. Il recueille annuellement les principaux prix y compris celui d’excellence. Il ne néglige pourtant pas les activités ludiques de son âge avec ses camarades tout en gardant à leur égard amabilité et bonne humeur. Fils unique, choyé par une mère attentive, Gabriel est à la fois un bon élève et un bon camarade. Son condisciple Pierre Vayre, ami de plus de 50 ans, nous le fait revivre. Il est un potache admiré et évoque l’époque où il allait à l’école “en culotte courte, recouvert d’une pèlerine noire avec un béret rond et un cache col aux boucles multiples, laissant juste filtrer le regard vif de deux yeux ronds toujours en quête de connaissance”.

Doué dans toutes les disciplines il devient titulaire en 1939 de deux baccalauréats en mathématiques et en philosophie après avoir obtenu l’année précédente, au concours général des Lycées de France, 1 accessit en version grecque.

Il a déjà à cette époque un esprit encyclopédique. C’est la guerre et après quelques hésitations, il choisit la médecine et s’inscrit à l’Ecole de Médecine de Limoges sous la houlette d’anciens internes de Paris : Joseph de Léobardy, Albert Durand anatomopathologiste, Pierre Martrou, pédiatre, Georges Lory, interniste, Marcel Faure, chirurgien célèbre et enseignant qui conquiert l’âme du jeune débutant. Au contact des malades dès la première année Gabriel est initié à la méthode anatomo-clinique à laquelle il restera fidèle sa vie durant. Dans le même temps, comme un divertissement, il prépare une licence es lettres et une licence de droit qu’il obtient.

En 1945 il monte à Paris. Il est externe des hôpitaux de Paris en 1945, interne en 1948 et devient l’élève de Lelong, Boyer, Pasteur-Valéry-Radot, Thieffry, Justin Besançon, Alajouanine et Robert Debré. Il choisit la pédiatrie dès ses fonctions de chef de clinique en 1953 chez Marcel Lelong, en soutenant sa thèse sur “les formes hautes de poliomyélite chez l’enfant.” Il est nommé médecin des hôpitaux de Paris en 1962, puis chef de service de pédiatrie en 1972, dans le nouvel hôpital de Poissy, entouré de ses élèves qui ont gardé jusqu’à sa disparition un très fidèle attachement.

Parallèlement à sa carrière hospitalière Gabriel Blancher fait une carrière universitaire. Il est nommé professeur agrégé d’hygiène en 1961 et professeur des universités en 1985.

En plus de ses importantes activités médicales, il acquiert un diplôme d’étude supérieure de droit public, un doctorat sur le “Droit international et l’Enfance”, un doctorat es Sciences.

Historien passionné il sait utiliser sa prodigieuse mémoire assortie d’un art d’analyse et d’une capacité originale de synthèse.

Homme de coeur il fait partie de nombreuses institutions : membre du conseil supérieur d’hygiène de France, ancien président du Comité national de l’enfance, ancien administrateur de la Croix Rouge Française, ancien président de la Société Médicale de Paris.

Il s’est particulièrement illustré à l’Académie Nationale de Médecine où il est entré en 1986. Il en devient Président en 2001 et préside en plus la quatrième division, responsable de la médecine préventive et sociale et des sciences vétérinaires. Il fait bénéficier l’Académie de son dévouement sans borne pour l’étude épidémiologique et prophylactique des affections contagieuses notamment de l’enfant, étant prédisposé à l’infectiologie par sa double formation de pédiatre et d’hygièniste. Ses solides connaissances juridiques lui permettent d’émettre un avis autorisé en matière d’infection nosocomiale et de responsabilité médicale lors des actes de soins à propos desquels il débat sur la nécessaire limitation de la pénalisation des médecins. Président d’un groupe de travail il attire l’attention sur les risques sanitaires d’un surentraînement sportif des adolescents. Au cours de l’année 2004, il met sa puissance morale et la qualité de son humanisme au service du groupe de travail sur l’avenir de l’Assurance maladie, défendant avec bon sens, simplicité mais aussi élévation et fougue réfléchie, le principe fondateur d’une humanité au service de tous, y compris des plus faibles et des plus fragiles.

Lors de sa présidence en 2001, l’Académie adopte un nouveau règlement intérieur visant à la modernisation de la fondation Louis XVIII en 1820 sans en altérer le concept mais en adoptant son fonctionnement aux réalités actuelles. En 2001 Gabriel Blancher est aussi le promoteur de la “Grande Médaille” de l’Académie destinée à honorer une personnalité française ou étrangère dont l’action sanitaire exalte la culture française.

Gabriel était un homme de coeur et d’un très grand dévouement toujours à l’écoute des autres au point d’oublier sa propre souffrance. Il savait faire profiter son entourage de son immense culture sans en tirer gloire. Il était en vérité un homme d’élite doté d’une noblesse de coeur et d’esprit acceptant avec humilité la condition humaine.

Il était chevalier de l’ordre national du Mérite et de l’ordre de la Légion d’Honneur.

Gabriel était un chrétien convaincu. Il nous a quittés le 14 novembre 2004 rendant son âme à la lumière à laquelle il croyait comme cela fut dit à ses obsèques. Son épouse était alors à ses côtés. Une cérémonie religieuse eut lieu en l’Eglise Saint Thomas d’Aquin, sa paroisse, entouré de sa famille, de ses neveux et nièces témoignant de la gentillesse de leur oncle. De nombreux amis sont venus, ses pairs, notamment le bureau de l’Académie Nationale de Médecine honorant son ancien président.

Gabriel était fier de son origine limousine. Il aimait répéter ce que disait Chateaubriand : “les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts, les morts au contraire instruisent les vivants”. On comprend qu’il ait voulu retourner à Limoges le soir même pour reposer dans le caveau de famille à Louyat, tout proche de celui de Jean Cruveilhier, major de la promotion d’internat de 1811 et lui aussi ancien président de l’Académie de Médecine en 1859.

Madame j’ai perdu un ami fidèle de plus de 50 ans. Je l’ai rencontré 4 jours avant sa mort. Il m’a parlé longuement de l’Académie. J’ai admiré son courage. Je sais qu’il aimait citer Victor Hugo : “ceux qui vivent sont ceux qui luttent”. En me quittant il m’informa qu’il s’intéressait à la dynastie des Plantagenets. Tel était mon ami Gabriel.

Chère Madame, au nom de la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, je vous assure que votre époux restera pour tous ses collègues un grande médecin humaniste.

M. Arthuis